L’innovation est pourtant apparue récemment et elle est venue d’un fabricant de skis : SALOMON.
Le nom du projet est S-Core (à visiter le site web : http://www.salomonscore.com - attention, site en flash lourd à charger et en plus, chez moi, il finit toujours par planter).
Sous ce nom de code se cache une révolution pour le monde du shape. Mais comme toute révolution, elle comporte du bon et du moins bon. Pour ma part, j’ai un avis sur la question mais je le réserve pour plus tard.
Voici globalement et objectivement ce qu’est le projet S-Core :
une nouvelle génération de "pains de mousse".
Traditionnellement, un pain de mousse est constitué de mousse de polyuréthane (il est obtenu par le mélange de produits chimiques dans un moule – quelques infos sur le site de surfoam www.surfoam.com ) ou de polystyrène. Pour le rigidifier et accessoirement aider le shaper à travailler sans trop de soucis avec la symétrie, on lui adjoint une (ou plusieurs) latte. Le pain de mousse que nous connaissons tous est donc hormis à par la latte un ensemble homogène.
Voici où Salomon innove : en s’inspirant de deux univers, celui du ski (pour les structures complexes en composites) et celui de la planche à voile (dont les flotteurs sont souvent creux), Salomon a inventé un "pain de mousse" à la fois creux et muni de renforts.
On voit bien sur l’image produite par Salomon la complexité du S-Core. Les longerons intérieurs sont enserrés dans une coque qui est elle même recouverte d’une mousse à haute densité de couleur bleue (c’est de là que vient le nom des planches issues de ce projet : les Blue Boards). |
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Selon Salomon, il existe de nombreux avantages à adopter de tels pains:
Premièrement, le poids d’une planche finie est inférieur à celui d’une planche traditionnelle (moins de deux kilos pour une planche finie avec les dérives) . Il est aussi possible de doser la rigidité de la planche. Jusqu’à maintenant, on pouvait influer sur la rigidité d’une planche en mettant en œuvre des artifices de shaper: channels, S-deck, rails complexes, concaves exacerbés etc.… On pouvait aussi choisir entre les résines polyester ou époxy. Avec le système Salomon, ce sont les longerons et la qualité des fibres employées pour la coque qui feraient la différence.
Un autre avantage selon Salomon réside dans le fait que la phase de shape serait considérablement raccourcie, les pains étant réputés "very close tolerance". En gros, sur un pain traditionnel, la marge de liberté est infinie : libre au shaper de sortir un 6 pied d’un pain de 9 pied. Sur les S-Core, ce serait impossible puisque la marge de manœuvre est de l’ordre du cm. Ce qui bien évidemment évite de passer un temps important à s’approcher de la forme finale de la planche.
Pour mettre au point ce pain magique, Salomon a fait les choses en grand et s’est entouré de shapers de renom ainsi que de surfers de haut niveau.
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Selon le site officiel, les retours d’information sont formidables et il n’y aurait aucun défaut dans cette nouvelle technologie…
Les planches seraient même quasiment indestructibles (ce n’est probablement pas tout à fait juste, comme en attestent ces photos.
merci à CarlOlsen pour avoir autorisé l’usage de ses photos.
Ici commence mon "billet d’humeur", je remise le peu d’objectivité dont je suis capable.
Tout cela étant dit, le projet S-Core a été lancé depuis bien longtemps mais ne décolle pas véritablement. |
Peut être est ce dû à cette réalité : le prix des pains et des planches dans le commerce n’est peut être pas si attractif que ça, la gestion du "produit" fastidieuse pour les shapers et la cible d’utilisation de ces planches est peut être trop restreinte.
Je développe deux de ces points (la question du prix semble évidente):
En premier, la plage d’utilisation : les planches sont réputées très légères et beaucoup plus rigides que les planches traditionelles.
Or, mis à part des vagues comprises entre 1m et 1m50 super glassies peu de conditions sont idéales pour des planches ayant ces caractéristiques. Le clapot, la taille, le vent, les trois réunis demandent des planches qui pardonnent d’avantage (souplesse) et qui ont d’avantage d’inertie (le poids). Bref, une planche peut être vive et plaisante dans des conditions idéales mais mal adaptée à la vie de tous les jours. Cela semble bien être le cas des S-Core.
Second point, la gestion des stocks chez les shapers.
Actuellement, un shaper qui veut produire une gamme de planche complète aura à son catalogue au moins une évolutive, un fish, une planche de petite vague avec square tail classique et efficace, une planche de vagues plus solides avec roundpintail, un gun, un malibu, un longboard etc.… la liste peut être longue.
Prenons simplement l’exemple d’un shaper qui développe 5 type de planches et qui décline chaque type en 5 tailles (6’, 6’2, 6’4, 6’6, 6’8 par exemple). Jusqu’à maintenant, il suffit de stocker des pains de mousses en 5 tailles différentes, le travail sur le rocker, l’outline et les rails faisant la différence.
Avec les S-core, il lui faudrait stocker 5x5=25 pains différents dans la mesure ou le pain est livré avec une forme très très proche du shape final (la marge d’un cm laisse juste la place a des ajustements sur les rails, les concaves et autres finesses).
Pour un peu que le client demande des ajustements dans n’importe quelle dimension, voire même un flex particulier, on imagine le casse tête…. Et le coût de gestion d’un tel bazar. De ce simple constat, je fais une extrapolation pas si ridicule selon moi : si c’est quasi ingérable pour un shaper, qu’en est il pour Salomon ?
Dans un scénario pas si favorable, pour eux, ils pourraient par exemple avoir 150 shapers réguliers… 25x150= 3750 références de pains minimum (toujours sans parler du fameux flex ajustable). On peut imaginer qu’en vue d’une réduction des frais de gestion, le fabricant de pains se préoccupe de rationaliser la production. Et dans l’intérêt de qui au final ?
Certainement pas des shapers qui se retrouveraient à devoir choisir dans un catalogue restreint et qui ne collerait pas à merveille avec leur production naturelle. Ils se retrouveraient alors à shaper des planches contre leur véritable envie…
Rationalisation des stocks et asepsie des shapes ?
C’est un risque à considérer.Je continue avec ce second aspect "dangereux":
Si tous les shapers font des commandes de "pains" proches du shape final, alors Salomon devient en peu de temps le propriétaire de la plus grosse banque de donnée sur le shape !!! Il peut accaparer des années d'expériences de dizaines - centaines - milliers de shapers sans avoir jamais touché de rabot.
Je continue l'extrapolation:
Salomon rend captif les shapers qui se retrouvent incapables de produire sans acheter les "pains" magiques (par des accords commerciaux d’exclusivité etc…). Par soucis de rentabilité (toujours cette réalité commerciale), Salomon décide quels sont les "bons pains" et les "mauvais pains". Il contraint les shapers à n'utiliser que les "bons pains" (c’est à dire ceux qui ne leur coûtent pas trop cher à produire et à stocker)....
Finie la recherche formelle dans le shape.... place à la rentabilité. Tout shaper dissident (mais captif commercialement) se retrouve privé de licence d'exercice...
Dernier épisode, Salomon cesse de fournir tous les shapers sauf quelques grands nom "alibis". Mais riche de sa banque de donnée magique pompée chez tous les shapers du monde, il reste capable de produire les planches qui marchent .
Tout ceci est peut être de la fiction, peut être pas. Les exemples d’ingestion commerciale sont nombreux dans l’industrie (qui a parlé de Microsoft ?).
Pourquoi le monde du surf devrait il défaut à la regle ?
Bref, sans diaboliser, il faut rester vigilent face à cette "inventions"......
Et franchement, 800 euros pour une planche, c'est proche du scandale !!!
Les images:



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